Article de La Provence : "Interview de Didier CHAPON" du 26 mars 2012

Didier Chapon

Didier Chapon

  

 

                        

  

 

Le directeur du site pétrochimique est persuadé que Naphta a de l'avenir. Sous quelle forme ?

De cet immense entrelacs de tuyauteries et de cheminées, implanté au coeur du bassin méditerranéen, sortent, chaque année, 550 000 tonnes d'éthylène, ce qui fait du complexe pétrochimique de Lavéra, l'un des principaux sites de production en Europe. Mais face aux géants du Qatar, Naphtachimie ne pèse pas grand-chose. Question de moyens. Pourtant, Naphtachimie compose depuis deux ans, avec un atout de taille : son nouveau directeur. Didier Chapon a exercé huit ans au Qatar avant de prendre les rênes du complexe martégal. Il nous explique les atouts de ce site, idéalement placé au sud de l'Europe.

Passer du gigantisme qatari au minimalisme européen, n'est-ce pas frustrant ?   

Didier Chapon : Les premiers temps, ça demande une réadaptation. Les forces en présence ne sont, effectivement, pas du tout les mêmes. J'ai une anecdote qui illustre bien mon propos. Jeune ingénieur, je devais, pour le compte de la compagnie pétrolière Qapco, proposer une solution pour augmenter la capacité de production d'une usine. Dans notre jargon, on appelle ça un "dégoulottage", une technique qui permet d'accroître de 10 à 15 % la capacité. J'ai évoqué, devant le ministre de l'industrie qatari, la technique, énoncé des chiffres. Au bout de dix minutes, il m'a interrompu et m'a dit que le dégoulottage, c'était trop compliqué. Il m'a dont demandé de... doubler la capacité de l'usine. Immédiatement après, je sortais du bureau avec un chèque de 500 millions de dollars. Je peux vous dire, que lorsque l'on est Français, ce genre d'expérience unique, ça marque ! A titre de comparaison, un vapocraqueur comme Naphtachimie, ça représente un milliard d'euros. Là, j'ai quasiment dépensé la moitié après une simple discussion. - On imagine, dès lors, que le contraste est rude. Oui. Nous n'avons pas les mêmes moyens mais nous n'avons pas non plus la même histoire, les mêmes coûts de fonctionnement, ni les mêmes marchés. Ici, il faut survivre, il faut être compétitif. La question pour nous, c'est de savoir comment durer le plus possible. Là-bas, on ne se pose pas ce genre de questions. On peut aussi penser que les questions d'environnement sont des contraintes qui pèsent moins là-bas qu'en Europe ? Détrompez-vous. Là encore, tout est question de moyens. Un jour, au Qatar, l'émir s'est étonné de voir une fumée très noire qui sortait d'une des cheminées. Dans l'instant, la décision de faire disparaître les fumées en intégrant les meilleures technologies possibles a été prise. Et des moyens considérables ont été injectés dans le processus de dépollution de l'air.

Ils rivalisent avec les normes européennes

Absolument. De toute façon, l'avenir, ce sont les sites qui ont une carte de visite "propre". L'industrie qui ne s'insère pas dans le schéma de la protection de l'environnement est morte ! - Justement, en matière de pollution, Naphtachimie a été très décriée. Le problème, en France, c'est que l'environnement est une notion très subjective. On a tendance à davantage se positionner d'un point de vue émotionnel plus que rationnel. Avant Fukushima, on n'entendait parler que de l'effet de serre. Depuis la catastrophe, plus personne ne l'évoque ! Finalement, l'environnement, on en parle quand ça ne va pas. Les industriels ont fait d'énormes efforts - et je considère que c'est normal - pour améliorer la qualité de l'air. Aujourd'hui, elle est cinq fois meilleure que par le passé.

Naphtachimie est-il un site industriel viable ?

Oui, j'en suis persuadé. Mais il faudra réviser nos modes de fonctionnement. Au niveau mondial, nous ne pouvons pas rivaliser sur tous les produits, notamment sur les produits qui permettent de fabriquer des produits plastiques bas de gamme dont sont très consommateurs les pays asiatiques. Nous devons donc travailler à développer la qualité de ce que l'on produit et le type même de produits que l'on fabrique.

Et quels marchés visez-vous ?

Nous restons européens et nous exportons très peu en dehors des frontières de l'Europe. Toutefois, les marchés européens sont plats, voire en récession. La consommation de produits n'augmentera de toute façon pas comme en Asie ou au Brésil qui ont des taux de croissance énormes. Notre premier trimestre 2012 est cependant, meilleur que l'an passé où nous avions dû baisser le pied en matière de production et en ne tournant qu'à 70 % de notre capacité. Certains experts y voient un signe de reprise. D'autres estiment qu'il s'agit d'un phénomène conjoncturel, lié à la fermeture de certains sites européens. On attend donc de voir. En gardant espoir.

l'article est disponible sur le site de la provence:

http://www.laprovence.com/article/economie-a-la-une/didier-chapon-naphtachimie-est-un-site-industriel-viable