La nuit industrielle, futur biennale ?

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Plébiscitée, malgré la complexité de son organisation, cette manifestation unique en France, déroulée entre Martigues et Port-de-Bouc, devrait être reconduite d'ici deux ans. Le souhait en ce sens est unanime.Image7L'amplitude horaire et géographique, de Ponteau aux Agglos, rend difficile un comptage précis du nombre de participants réunis, huit heures durant, sur la quinzaine de sites impliqués. Mais ils étaient, au total, des dizaines de milliers à profiter de ce dispositif insolite.

Remettre ça donc. C'est, depuis le début de la candidature pour être capitale européenne de la culture, l'une des ambitions affichées par tous les acteurs. Faire de cette année un commencement, pas une fin.

Mais, s'il sera assez facile de confier demain un autre projet artistique à la compagnie Ilotopie ou au Groupe F, ce n'est pas une mince Image2affaire que de devoir mobiliser à nouveau tous les acteurs privés et publics réunis autour de cette soirée événementielle à plus d'un titre, constituant une première en France. En tout cas, s'étant retrouvés sur la terrasse du théâtre des Salins ou à la Villa Lotti de la centrale thermique EDF, tous s'accordaient sur le désir de remettre ça. Mais pas forcément tous les ans. "Idéalement, on pourrait envisager une biennale, histoire de déjà bien tirer les leçons de cette première édition, et chercher à améliorer ce qui a pu apparaître insuffisant en terme de logistique ou d'offre", lance une participante à cette discussion impromptue mais riche d'enseignements. Et d'envies.

"Si on doit refaire ce type de soirée, il faudra plus de sites industriels ouverts", estime en tout cas Florian Salazar-Martin, l'adjoint martégal à la Culture, qui a beaucoup oeuvré afin que cette Nuit Industrielle figure bien au programme de MP2103.

"Quand on a proposé cette idée de visites artistiques au sein des usines à l'association, on nous a répondu qu'on n'y arriverait jamais, qu'il n'était pas possible de travailler avec ce type d'entreprises, surtout sur le plan de la culture. Résultat : il est normalement interdit que des autobus de ville, comme ceux utilisés samedi soir, puissent traverser des sites comme le complexe pétrochimique de Lavéra, potentiellement l'un des plus dangereux d'Europe, qui plus est de nuit. Eh bien, ce soir, nous l'avons fait", apprécie l'élu. Image6Image3














Plus que satisfait, également, Luc Frison, doublement au coeur de ce succès. D'abord parce que la société qu'il dirige, Ponticelli, a été le mécène discret mais très efficace de cette "Nuit Industrielle." C'est d'ailleurs lui qui recevait ses hôtes samedi, dont Jacques Pfister, le président de la Chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence, et Jean-François Chougnet, le directeur de MP 2013, dans un espace privatisé des Salins.

Ensuite parce qu'en tant que vice-président de la CCIMP, délégué à la mission "Territoire" de Martigues-Istres, il a énormément contribué à l'ouverture de ces usines normalement inaccessibles au grand public. Surtout Lavéra et ArcelorMittal à Fos, figurant parmi les 18 sites classés Seveso du secteur.

Tous ont pu aussi compter sur l'investissement de Martine Le Ster, responsable communication de la société Pétroinéos, qui ne cachait pas non plus sa satisfaction : "Quand nous avons rencontré la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement pour convenir ensemble du périmètre accessible, j'avais prudemment prévu un circuit minimal car je ne pensais pas pouvoir en faire un aussi long.

Image4Mais c'est la Dreal qui nous a dit : pourquoi ne pas passer aussi par là, faire un crochet par ici, bifurquer à tel endroit. D'un coup, mon propre circuit s'est étoffé et je savais alors que la traversée du complexe serait un beau défi".

Un challenge que Bertrand Bossard, sur le plan artistique, aura aussi su relever avec ses "visites déguidées" associant un binôme de comédiens aux anonymes dans les bus. Un concept initié à Paris, au lieu culturel le CentQuatre : "C'est dès 2008 qu'Annette Breuil (Ndlr : désormais ex-directrice du théâtre des Salins puisqu'officiellement à la retraite depuis hier) m'a amené voir de nuit et de l'extérieur les usines de Lavéra, en me disant qu'elle voulait faire quelque chose d'artistique autour de ces lieux et qu'elle avait envie que ce soit avec moi. Puis est venu le temps de MP 2013 et je me suis retrouvé au programme de la "Nuit Industrielle". Pour autant, je n'oublierai jamais la fois où je devais téléphoner à Martine Le Ster pour préparer les visites. Elle parlait bas et m'a dit : "Bertrand, je vous rappelle plus tard car là, nous sommes confinés, il y a une alerte gaz." Ce jour-là, je me suis dit : eh bien, c'est pas gagné ! Et aujourd'hui, ça y est !"

Si les autorisations, les financements et les partenariats sont donc de la partie d'ici à 2015, il pourra en tout casImage5 s'appuyer encore sur sa bande de jeunes acteurs,parmi lesquels Julie, excellente samedi soir dans son rôle de guide à Lavéra : "Je n'ai pourtant reçu le texte qu'il y a dix jours, confiait-elle au sortir de cette prestation originale. Et je ne suis venue sur place pour la première fois que mercredi." Soit deux jours à peine avant la répétition générale offerte le vendredi au personnel, leurs familles et les clients des trois sociétés. Puisqu'on est aussi certain que la centrale EDF de Ponteau, et son nouveau directeur, Guillaume Callewaert, sont déjà partants pour une nouvelle "Nuit" culturelle dédiée à l'industrie.